Les internés et la vie au camp


 

« Photo de groupe des 1ers internés » (crédit photo : C. Lombard/JR Rochais)

Venant du triste camp d’Aincourt, les 149 premiers internés descendent sur les quais de la gare de Rouillé le 6 septembre 1941 après un voyage exténuant et incertain, ne sachant ce qui les attend dans ce nouveau camp, ni ce que l’avenir leur réserve. Les autorités envisagent d’y accueillir jusqu’à 900 internés. S’ils n’atteignent pas ce chiffre, ils seront cependant 650 au cours de l’année 1942.

La grande majorité d’entre eux est constituée d’indésirables politiques et opposants au nazisme et au régime de Vichy. Les autres sont des indésirables de droit commun et des « marché-noir », moins nombreux. Aux internés s’ajoutent le personnel de direction, de gestion, d’intendance, les gardiens, soit entre 70 et 100 personnes.

Ce phénomène va avoir sur Rouillé des conséquences non seulement démographiques, mais aussi économiques, culturelles et sociales, sans parler de l’impact sur la configuration de la Résistance locale à l’occupant et à l’État Français.

 

 

« Orchestre du camp » (crédit photo : C. Lombard)

 

La plus grande partie des internés est française, mais on recensera jusqu’à 21 nationalités différentes. Leur internement est de la responsabilité du Préfet pour les indésirables politiques, de droit commun, étrangers et temporaires. Ils sont tous internés sans instruction, sans procès ou jugement. À l’ouverture du camp il n’est pas prévu d’activités pour les internés, hormis leur contribution à la vie quotidienne du camp (corvées, épluchage de patates, entretien des baraquements, menuiserie, électricité).

Ainsi les internés créent leur propre université, où seront dispensés des cours théoriques. De même, il existe des activités sportives, une chorale, une troupe théâtrale, un orchestre.

 

 

 

« Le médecin malgré lui » (crédit photo : C. Lombard)
Moins connues, sont les activités manuelles, individuelles ou collectives (jardinage, création d’objets en bois, cornes de vache, os, etc.). Aussi, dès le printemps 1942 certains internés seront autorisés à travailler à l’extérieur, chez des cultivateurs et des artisans.

La sortie des internés va être l’occasion de nouer des liens, des relations avec la population locale, qui durent encore de nos jours. À l’intérieur du camp se nouent discrètement des relations avec des résistants qui, de par leurs activités professionnelles ont accès au camp : le photographe, Camille Lombard, le négociant en grains et légumes, Georges Debiais, le médecin, le docteur André Cheminée. Ceux-ci faciliteront les évasions d’internés politiques. La sœur Cherer, assistante sociale, sans être résistante, apportera aussi son aide aux internés.